« 19 novembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 67-68], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11551, page consultée le 24 janvier 2026.
19 novembre [1843], dimanche matin, 10 h.
Bonjour mon Toto adoré, bonjour mon cher petit bien-aimé. Comment vas-tu ce matin ?
Es-tu bien bossant ?
Ma grande fillette a pris un bain
de pieds sinapiséa. Je ne l’ai pas
envoyéeb à la messe ce matin. Elle
va mieux. Elle a meilleur teint qu’hier. Nous verrons ce que va dire M. Triger. Il faudrait qu’il tachât de lui faire faire
un régime qui la mette à l’abri de ces indispositions fréquentes.
J’ai là la
lettre de [Mélanie ?], il est impossible d’en écrire une aussi plus
hérissée et plus grognon. Quelle mauvaise femme. Elle est encore pire que moi. Je
ne
croyais pas cela possible. Je regrette plus que jamais que ce soit pour une pareille
femelle que ce pauvre jaune Saint-Hilaire1 soit mis dans le sac aux oublis. Ce n’est pas
juste. J’aimerais mieux, pour ma part, donner un bon paletot à ce vieuxvieillard qu’un pouce de pourpre
judiciaire à cette pie grièchec de femme. Voilà mon opinion.
Sur ce baisez-moi vous, ne
me chatouillez pas et ne me dites pas toujours des choses qui peuvent me faire de
la
peine. Voime, voime, je te flanquerai de bons
coups la prochaine fois que ça vous arrivera et vous m’en direz des nouvelles.
Jour Toto, jour mon cher petit o. Je vous aime pour moi, pour ma consommation particulière. Si c’était pour la
vôtre, je vous détesterais parce que vous le méritez bien.
Je vous défends de
parler de J…2 Taisez-vous vieux bêtad ou je vous ébouriffe votre perruque à
[illis.]. Taisez-vous, taisez-vous.
Juliette
1 À élucider.
2 Jacquot, le perroquet qu’elle compte faire venir de chez sa sœur, en Bretagne. Son beau-frère l’offre à Claire.
a « cinapisé ».
b « envoyé ».
c « pigrièche ».
d « bêtat ».
« 19 novembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 69-70], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11551, page consultée le 24 janvier 2026.
19 novembre [1843], dimanche soir, 10 h.
Je suis furieuse, mon amour, parce que je me figure que Mme Triger est la cause que tu n’es
pas resté et peut-être aussi celle que tu n’es pas encore revenu. Je sais bien que
j’ai très rarement Mme Triger et que je ne t’en vois pas
plus pour ça tous les jours où je suis seule mais cette fois-ci je saisis l’occasion
de t’excuser pour n’avoir pas à te grogner même justement. Sapristi comme j’écris
drôlement ma pensée. Je ne sais plus moi-même ce que j’ai voulu dire une fois que
cela
a passé par le bec de ma plume. Décidément je ferais une triste bas bleu si l’envie me prenait d’en essayer.
Demain le père Triger
viendra de deux à trois heures voir Claire.
Je voudrais déjà qu’il l’eût vuea pour
savoir à quoi m’en tenir sur cette indisposition qui sans avoir aucun caractère grave
et alarmant est cependant assez forte pour nuire à ses études. Ce soir encore elle
était suffoquée par le sang, elle a très peu mangé. Nous verrons demain ce qu’en dira
le Triger de la nature.
Je suis vraiment ébourifféeb des monstrueux et des nombreux
affutiauxc1
que le père Lanvin m’a apportésd. Jamais je ne pourrai me tirer de tout
ça, c’est bien sûr. Tu en seras pour tes 27[illis.] 40c, ça sera bien fait. On n’a jamais vu faire faire de pareilles choses à une
pauvre Juju qui n’en peut mais. Taisez-vous, vous êtes absurde. Il me faudra
l’entremise des déjeuners à la fourchette et autre pour m’encourager à essayer seulement.
Juliette
1 Affutiaux : objets ou bijoux sans valeurs, bimbeloterie.
a « vu ».
b « ébourriffée ».
c « affuquiots ».
d « apporté ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
